Kinshasa

Kinshasa

dimanche 18 mai 2008

SAVE OUR SOULS


Lundi 16h-19h Intercession

Mardi 17h-19h Louanges à l'Eternel

Mercredi 16h-19h Culte de la délivrance

Jeudi 17h-19h Enseignement des Mamans

Vendredi 16h-20h Culte de la jeunesse

Samedi 16h-20h Enseignement des jeunes

Dimanche 10h-12h Culte spécial



Voici en gros le programme des églises évangélistes entre lesquelles notre maison se trouve (pour être plus proche de la réalité, je devrais dire des sectes vu le lavage total de cerveau que subissent les « frères et sœurs en christ » comme ils s'appellent eux même). Mais on pourrait le résumer ainsi :

Lundi 16h-19h Supplier en criant

Mardi 17h-19h Répéter la même formule un millier de fois en criant

Mercredi 16h-19h Crier « Le sant esprit » pendant 3h

Jeudi 17h-19h Crier très fort en engueulant les « Mamans »

Vendredi 16h-20h Crier un peu moins fort (surtout qu'on s'est tué les cordes vocales la veille)

Samedi 16h-20h Tout le monde gueule en même temps

Dimanche 10h-12h Alterner les cris et les chants

Pas étonnant qu'on les appelle aussi Eglises de réveil

Alors sachant que les pasteurs semblent croire que au plus ils crient, au plus ils seront prestigieux et que celui de gauche a investi dans un micro et des baffles et que celui de droite veut montrer qu'il n'est pas moindre… vous comprendrez notre calvaire sonore. Et pourtant la maison n'est pas mal. Il y a trois chambres deux salles de bains un salon/salle à manger et une cuisine avec une petite pièce pour stocker les réserves de nourriture (ici les gens achètent en grande quantité, oubliez le sachet de 1kg de riz basmati, ici on achète des sacs de 10kg de riz pakistanais, le moins cher et aussi le moins bon mais quand il y a 5 enfants à nourrir c'est compréhensible. C'est triste quand on pense que dans l'est du pays on produit un excellent riz mais que faute de route praticable il n'arrive pas ici, ou si il arrive c'est par avion et là il devient très cher). Donc la maison est pas mal, elle a l'avantage de ne pas trop se réchauffer, chose importante car il fait très chaud et humide en ce moment. Tellement chaud qu'on préfère rester à l'intérieur le plus possible. Ou alors il faudrait faire comme Laura et se promener à poil et jouer dans une bassine d'eau mais je crois que je ne connais pas encore assez bien les voisins pour faire ça J. La réponse des gens à la chaleur ici c'est de s'affaler dans une chaise et de somnoler et franchement je les comprends. C'est d'ailleurs ce que je fais ces derniers jours entre 11h et 15h quand le soleil tape sérieusement (ici on dit plutôt que le soleil pique) et que l'humidité est telle que le moindre mouvement provoque des coulées de sueur le long de mon dos et sur mon front (j'aurais du faire des réserves de déo à Bxl), que respirer requiert un effort supplémentaire pour lequel on sacrifie tout autre dépense d'énergie qui ne soit pas absolument vitale. Mon cerveau semble doucement fondre et toute réflexion de plus de deux enchaînements logiques devient impossible, mes paupières s'alourdissent et bien que je reste consciente de ce qu'il se passe autour de moi, pas moyen de réagir. Comme dit Moise, c'est sans doute pour cela que quand mes « oncles » ont colonisé ce pays et qu'ils voulaient faire travailler les congolais dans leurs mines ou leurs champs, ils les trouvaient mous et paresseux. Alors que eux étaient assis à l'ombre avec une boisson fraîche et un domestique pour les éventer. Bon j'exagère peut être un peu dans le cliché mais je comprend parfaitement pourquoi les gens semblent mous. Encore pire c'est de circuler en voiture non climatisée (et oui on a des goûts de luxe) dans cette chaleur mais c'est tellement horrible qu'on en parlera une autre fois


On est donc dans cette maison provisoirement (mais j'ignore la longueur de cette période provisoire, c'est un peu comme les gouvernements de transition en Afrique qui sont ensuite réélus pour des mandats de 7 ans), c'est juste que ça nous faisait mal de payer 65$ la nuit à l'hôtel. Trouver une maison ici est très difficile notamment du à la présence de la MONUC. C'est le plus gros contingent de casques bleus du monde et avec ces casques bleus, toute l'administration et les services qui y sont liés. Il faut donc loger tout ce beau monde qui veut des maison tout de suite et qui peut allonger l'argent (autant que demandé par les bailleurs) tout de suite. Ceci veut dire que le logement est très cher, qu'il y en a peu et que donc les proprios abusent et demandent parfois jusqu'à 1 an de garantie locative. Il faut comprendre que la notion de garantie est différente ici. C'est juste un gros tas de fric que le proprio empoche et qu'il vous rembourse quand vous partez. L'argent n'est pas bloqué sur un compte ou quoi que ce soit. Il s'est donc crée un cercle vicieux par exemple nous avons payé 6 mois de garantie pour cette maison (une grosse somme d'argent, surtout pour ici) et nous devons payer notre loyer tous les mois. Mais imaginez qu'on veuille déménager d'ici un an, la « bailleresse » comme on dit ici devra se débrouiller pour nous rendre cet argent. Si elle n'en est pas capable, ce qui est fort probable (ce n'est pas un jugement c'est ce qu'il se passe en réalité) on devra continuer à occuper la maison sans payer le loyer et ainsi « épuiser » la garantie. Ou alors elle aura trouvé d'autres locataires qui lui auront payé 6 mois de garantie et elle pourra ainsi nous rembourser. La plupart des gens trouvent leur maison par le biais de commissionnaires certains prennent cette tache au sérieux mais d'autres sont des « farceurs ». Le commissionnaire a pour rôle de mettre en contact les personnes qui cherchent un logement et les propriétaires. Normalement le (futur) locataire paie 1 mois de loyer au commissionnaire. Certains commissionnaires plus malins se débrouillent pour « toucher » des deux cotés. Et enfin certains « farceurs » vous font payer un « droit de visite » … sur une maison qui n'est même pas à eux… Et parfois il y a plusieurs commissionnaires et chacun va toucher en fonction de l'importance de son rôle. C'est tout un business.

mardi 22 avril 2008

NDJILI


Ce qui frappe d'abord, presque littéralement c'est la chaleur. On est en saison des pluies mais oubliez la logique pluie= froid, sécheresse= chaleur, on est à Kin, il n'y a pas de logique ! La saison des pluies va de Octobre à Mai ; on est donc vers la fin de cette saison. On a beau s'y attendre, lorsqu'on quitte l'airco de l'avion, c'est comme un mur de chaleur lourde, humide et on se met tout de suite à transpirer. Le trajet de l'avion à l'entrée de l'aéroport avec d'un coté la pauvre Laura qui vient de se réveiller et qui se demande ce qu'il se passe et de l'autre le bagage à main, est heureusement assez court. Je remarque en passant que le nom de l'aéroport censé apparaître en lumière est en fait illisible parce qu'il n'y a qu'une ampoule sur trois qui marche. Inutile de les remplacer, elles seraient probablement volées dès le lendemain ? A l'entrée de l'aéroport les passagers qui n'ont pas eu la chance d'avoir quelqu'un qui vient les chercher en bas de l'avion doivent maintenant faire contrôler leur passeport par la tant redoutée DGM (Direction Générale des Migrations, un jour je vous raconterais la créativité des gens ici pour les acronymes, MARSAVCO, UNIKIN etc). Il n'y a pas de file, on avance comme on peut. Laura a bien voulu marcher mais dans la cohue, je suis obligée de bien serrer sa petite main. Devant moi une mundele (=une ferenj/ muzungu/blanche) d'un certain âge, le type de la DGM regarde vaguement son passeport, le feuillette rapidement et le tend ensuite à sa collègue qui se tient à l'affût derrière lui (ils ont sans doute un système de tracasseries déjà bien organisé comme on dit ici, ils coopèrent) et la pauvre mundele est priée d'attendre sur le coté sans aucune autre explications. Elle est très probablement en règle au point de vue papier mais elle est blanche, seule et a l'air un peu perdue, une proie facile donc. La pauvre oui, mais je n'ai pas le temps de m'inquiéter pour elle car c'est notre tour de donner nos passeports. Moise tend le sien et là, coup de bol, en voyant son lieu de naissance, le visage du DGM s'éclaire car lui aussi est de l'Est du pays. Moise joue le jeu et le laisse croire qu'il est murega (une tribu de l'Est, laissez tomber, c'est compliqué). Et voilà qu'ils s'appellent « oncle/ cousin ! » qu'ils parlent fort en Swahili (langue de l'Est, je vous écrirais une autre fois pour vous expliquer tout ça) et rigolent ensemble. « Allez suivez moi, je vais vous faire passer ! » nous dit DGM en abandonnant son poste de contrôle de passeport (poste bidon car en réalité, le vrai contrôle se fait à vingt mètres de là aux guichets marqués nationaux/ étrangers/diplomates et VIP). Avec nous trois derrière lui et nos précieux passeports en main, il passe les guichets et personne ne nous dit rien. « Attendez moi ici je reviens dans 15 minutes »… Ben ouais OK, on n'a pas trop le choix c'est toi qui a nos passeports… mais effectivement 15 minutes après il est de retour avec nos passeports dûment cachetés et tamponnés. L'histoire officielle ne dira pas que en lui serrant la main pour dire au revoir nous lui avons glissé 5 euros (c'était pour le remercier bien sur… et c'est aussi un investissement pour la prochaine fois qu'on aura à faire avec la DGM… et oui ça marche comme ça…mais on peut en discuter si vous voulez). Entre temps Laura courrait derrière un cafard de la taille de mon pouce (eeeeeeeeeekkkkes !).

La galère suivante était de taille et tout cela s'est déroulé dans un tel désordre que vous le raconter de manière linéaire est impossible. Tous les bagages arrivent sur un tapis roulant qui n'est pas assez long donc il faut jouer des coudes pour attraper ses bagages et sachant qu'on avait 6 valises et une caisse plus un tricycle (ben oui !) on a du s'organiser. Moi et Laura on garde les bagages pendant que Moise joue des coudes autour du tapis roulant pour attraper nos affaires. Toutes les 2 minutes, non j'exagère, toutes les 30 secondes on vient me demander si j'ai besoin d'un taxi, où je veux aller etc… l'un deux (on ne sait même pas qui ils sont mais ils sont là prêts à vous aider) propose même un kleenex pour essuyer la sueur. Ma seule réponse est « Non merci mon mari s'occupe des bagages et on a quelqu'un qui vient nous chercher ». Ils vont trouver Moise lui expliquent qu'ils peuvent nous aider, Moise refuse à plusieurs reprises, ils se disputent entre eux pour savoir qui nous avait vu le premier, ils commencent à prendre nos bagages tout en s'engueulant et moi je m'époumone « Non lâchez ces sacs ! On a déjà quelqu'un qui vient nous chercher on n'a pas besoin d'aide ». Bref une pagaille totale. Autour du tapis roulant aussi c'est la pagaille, ça gueule dans tous les sens, on ne sait pas qui fait quoi, bref c'est chacun pour soi. Et on me dit qu'il y a quelque temps c'était pire… On a enfin tous nos bagages et le contenu ne semble pas avoir été déplacé, heureusement la personne qui devait venir nous chercher est là et on nous dépose au CAP Centre d'Accueil Protestant, le nom fait un peu institution spéciale, je sais mais c'est juste un guest house (pour ceux qui connaissent). Et maintenant on cherche une maison et ça c'est une autre galère…

vendredi 28 mars 2008

3 SEMAINES


Plus que trois semaines... avant le départ vers Kinshasa et il faut encore (presque tout faire). Le passeport de Laura sera prêt bientôt et là on pourra aller chercher nos visas. On a encore tous nos meubles et s'ils ne sont pas vendus, ils iront aux petits riens, et les livres? Et les CDs? Je ne sais pas!!!!! Et sur place on n'a pas encore de logement. Je stresse moi? Pas du tout!

C'est mon deuxième voyage en RD Congo alors je ne m'inquiète pas trop. Je sais que d'une manière ou d'une autre les choses s'arrangent et que ça ne sert à rien de s'énerver. Bukavu c'était assez tranquille, une ville au bord du lac Kivu, plutôt calme en temps normal mais une population fortement politisée. Normal, quand on vit dans un pays où on a du mal à faire confiance au gouvernement, tout le monde a sa solution. Il suffit d'un seul événement pour que les esprits s'enflamment et que la population descende dans la rue, un blindé de la MONUC qui écrase un motard, des rumeurs d'incursions Rwandaises ou des militaires qui cambriolent les maisons des civils. Rien à voir Goma qui est beaucoup plus commerçante.

C'est vrai que Kin-La-Poubelle n'était pas mon premier choix dans les postes offerts par Volens.

En attendant le départ, on profite du printemps belge sous la neige... et dire qu'il fait 30 degrés là bas!