mercredi 29 avril 2009
mardi 28 avril 2009
samedi 25 avril 2009
MALEWA

Une des choses essentielles lorsqu'on vit et on travaille loin de chez soi (encore que personnellement je ne sais pas vraiment où c'est chez moi), c'est la nourriture. Car peut être que VOUS mangez pour vivre mais moi…
Je ne veux pas vous parler de ce qui me manquerait ici. Je ne mange pas de chocolat, de charcuterie, une seule sorte de fromage, pas d'injera (sauf quand ma gentille maman m'en rapporte). Parce que ça ne me manque pas. Bien sur je ne dirais pas non à une barre de Dessert 58 (ça existe toujours ça ?) ! En réalité tout se trouve à Kinshasa, il y a des supermarchés aussi bien fournis qu'à Bruxelles… si on y met le prix. A ce titre, une petite anecdote : M. Jack (un anversois qui se retrouve à Kin pour une courte durée et qui mérite un article de blog à lui seul) nous a fait la remarque suivante « Les profs de l'école belge ne s'en sorte plus hein ! Si tu veux manger normalement, avec un salaire de 3000 €, ce n'est pas possible ! ». ARE YOU F***** KIDDING ME ????? Encore un qui paie sa tomate 2$ sans doute.
Quand à moi, je préfère encourager les petits producteurs locaux et je consomme local (en fait j'écris juste cette phrase parce que ça fait bien). Je consomme local parce que je ne vois pas pourquoi j'achèterais mes légumes, ma viande, mes bananes et mes patates 5 fois le prix normal sous prétexte que le supermarché est climatisé. Le menu à la maison est essentiellement Congolais et ce n'est pas pour autant qu'on est sous alimentés.
Alors voici dans le désordre, 12 choses qu'on peut consommer ici et que j'ai testées pour vous
- Le pondu ou saka-saka (appelé Sombé à l'est) dans la photo ci-dessus c'est le truc vert. Ce sont des feuilles de manioc pilées avec des poireaux, poivron, celeri (votre dose de fibres quoi) cuites généralement avec de l'huile de palme auxquelles on peut rajouter de la viande ou du poisson, des aubergines et/ou de la farine d'arachides.
- Le ngai-ngai aussi des feuilles mais d'oseille, qui se préparent de diverses manières avec ou sans poisson, c'est bon mais assez particulier comme gout.
- Les feuilles de courge (bishusha à l'est). Attention à la préparation parce que si c'est mal fait vous y risquez votre vie.
- Les bitekuteku (ou lenga-lenga à l'est), les feuilles d'amarantes et oui, encore des feuilles. Ca ressemble fort aux blettes, ça le même gout et presque le même aspect.
- Les poissons thompson (comme dans la photo et comme dupond en anglais). Braisés (le meilleur !), frits, dans de la sauce etc… ça se trouve partout, c'est chic et pas cher et les gens en consomment énormément
- Les makayabu ou poisson salé, là ça demande une petite acclimatation préalable. Après avoir déssalé pendant une nuit dans de l'eau, le makayabu peut être grillé ou préparé en sauce ou encore tel que le prépare Maman Yvonne avec des aubergines, des oignons et des poivrons. J'ai appris à vraiment apprécier le makayabu mais il m'a fallu du temps.
- Les makemba (ou mandizi à l'est) ce sont des bananes plantain. Ici à Kin, elles sont souvent frites dans l'huile, c'est délicieux. Si elles ne sont pas trop mures, on peut également les faires bouillir et ça remplace les pommes de terres.
- Toutes sortes de fruits selon la saison, des oranges en ce moment, des petites mangues très parfumées (mais j'avoue que je préfère les mangues géantes d'Uvira), des ananas, des bananes évidemment, des avocats (pareil, les avocats que nous avions au Rwanda et à Bukavu étaient à mourir. Sans parler du prix : 0,10$l'avocat !), des fruits de la passion, des goyaves, des mangoustans, des poilus (en fait ça s'appelle des ramboutans ou litchis chevelus), des safous et plein d'autres
- Le poisson malwa, sorte de tilapia qui est délicieux qui est d'abord frit dans un peu d'huile puis peut être cuit dans une sauce à la tomate et à la muscade. Le mabundu a vraiment un gout très fin et une chair qui fond dans la bouche.
- Les madesu (à l'est maharagi : haricots) évidemment, ceux qu'on mange ici ressemblent une fois cuits à des haricots rouges. Comme beaucoup j'avais un préjugé sonore vis-à-vis des haricots mais en fait ça va. Comme le poisson salé, j'ai appris à les apprécier. On les mange souvent avec du riz :wali (à l'est wali na maraghi est le plat de base).
- Les pommes de terres de Goma, les meilleures, elles sont vraiment vraiment bonnes, frites, bouillies, sautées… on en mange moins à Kin vu qu'elles sont importées de l'autre coté du pays.
- On mange aussi beaucoup de poulet ici mais malheureusement c'est très souvent du poulet importé de l'Europe, congelé, décongelé et recongelé… et vu le prix (raisonnable) c'est probablement du poulet aux hormones/OGM
- Tout cela ne va pas sans la « boule nationale » le foufou. Sans exagérer, un congolais sans foufou, c'est comme un bébé sans sa maman. Le foufou c'est une boule de pâte de farine de manioc et/ou maïs (dans la photo ci-dessus c'est la boule blanche/jaune à droite). Ça remplace le riz, les pommes de terre, les pâtes, bref ça se mange à tous les repas. C'est plutôt fade mangé seul mais avec les plats ci-dessus c'est délicieux.
- Et pour épicer le tout, une cuillérée de pilipili ne vous fera pas de mal (les taches rouges au bord de l'assiette dans la photo).
vendredi 24 avril 2009
THIS POEM
This poem shall speak of the wretched sea that washed it to these shores, of mothers crying for their youngs swallowed up by the sea.
This poem shall say nothing new. This poem shall speak of time, time unlimited, time undefined.
This poem shall call names, names like Lumumba, Kenyatta, Nkrumah, Hannibal, Ackerson, Malcolm, Garvey, Haile Selassie.
This poem is vex about apartheid, racism, fascism, the Ku Klux Klan, riots in Brixton, Atlanta, Jim Jones.
This poem is revolting against first world, second world, third world division; manmade decision.
This poem is like all the rest.
This poem will not be amongst great literary works, it will not be recited by poetry enthusiasts. It will not be quoted by politicians or men of religion.
This poem is knives, bombs, guns, blood, fire blazing for freedom.
Yes, this poem is a drum, Ashanti, Mau-Mau, Ibo, Yoruba, Nayabingi warriors.
Uhuru, uhuru, Namibia, uhuru,
Uhuru Soweto, uhuru Africa.
This poem will not change things.
This poem needs to be changed.
This poem is a rebirth of a people arising, awaking, understanding.
This poem speaks, is speaking, has spoken.
This poem shall continue even when poets have stopped writing.
This poem shall survive you, me; it shall linger in history, in your mind, in time, forever.
This poem is time, only time will tell.
This poem is still not written.
This poem has no poet.
This poem is just part of the story, his story, her story, our story, the story still untold. This poem is now ringing, talking, irritating, making you want to stop it. But this poem will not stop.
This poem is long, cannot be short.
This poem cannot be tamed, cannot be blamed. The story is still not told about this poem.
This poem is old, new.
This poem was copied from the Bible, your prayer book, playboy magazines, New York Times, Reader's Digest, CIA files, KGB files.
This poem is no secret.
This poem shall be called boring, stupid, senseless.
This poem is watching you trying to make sense from this poem.
This poem is messing up your brains; making you want to stop listening to this poem. But you shall not stop listening to this poem. You need to know what will be said next in this poem.
This poem shall disappoint you because this poem is to be continued in your mind…
The mystery unfolds, 1987
mercredi 14 janvier 2009
TROMAL
« Où est Charles ? »
« Ah, il ne viendra pas aujourd'hui, il est éprouvé, nous irons à la levée de corps demain. »
C'est une conversation courante ici et personne ne semble choqué ou surpris que quelqu'un soit « éprouvé » (à part moi qui pose encore des questions sur les causes et circonstances du décès). Ici la mort est acceptée mieux que chez nous. Chez nous, elle est chuchotée, dissimulée, étouffée, c'est un des plus grands tabous qui restent (le sexe ça fait longtemps que ce n'en est plus, avec la crise financière, l'argent non plus… je déconne); comme si en parlant de la mort, on risquerait de provoquer la sienne. La mort chez nous est diplomate, elle n'est pas dite mais embaumée et évoquée, parfumée, recouverte de fleurs et il existe tellement de périphrases pour faire semblant de ne pas en parler « passer le pas, nous quitter, monter au ciel, il n'est plus » qu'on se demande pourquoi on en a tellement peur. On en a si peur que nos gouvernements, nos universités et hôpitaux dépensent des millions pour essayer de la repousser le plus loin possible. En fait, on a les moyens d'avoir peur. On a les moyens de se faire soigner, d'acheter des médicaments, de vivre bien et surtout de vivre longtemps. On peut se permettre de la craindre puisque malgré tout ce qu'on fait, elle vient, elle est plus forte que nous…
Ici la mort est là. On en a un peu peur mais on sait qu'elle est inévitable et de toute façon on sait que lutter contre elle est rarement couronné de succès. On ne la cache pas. Quand quelqu'un meurt, tout le monde va au deuil, on informe le plus de gens possible, on fait des communiqués à la télé, à la radio. Il y a rarement moins de 100 personnes à des funérailles. On expose le cercueil ouvert et vêtu de ses plus beaux vêtements le mort est visible de tous. On commente son apparence, sa tenue, on met de la musique, on danse autour du cercueil. A la télévision, les images ne sont pas modifiées ou floutées. Si il y a eu un accident de la circulation, on filme les victimes et les images sont montrées tel quel sans avertissement. Tous les jours, les gens meurent de mort violentes ici, crimes crapuleux, assassinats, accidents de la circulation, incendies, éboulements, électrocution (les câbles trafiqués de la SNEL sont souvent à même le trottoir, en saison des pluies, il suffit de marcher dans la mauvaise flaque et c'est 3000 volts assurés). A la télé, j'ai vu des corps écrasés par des véhicules, parfois la personne meurt sous les yeux de la caméra, j'ai vu une jeune fille qui s'était pendue à un arbre dans la nuit et tous les gens du quartier petits et grands qui venaient regarder la morte (chez nous on fait ça proprement, on « prend des médicaments pour dormir… »), j'ai vu des grands brulés, une jeune fille avec la peau du crane à moitié arrachée. Et toujours sans fioritures (c'est une « in your face experience »).
Les marchands de cercueils (ou plus joliment « pompes funèbres ») qui s'alignent sur le chemin qui m'amène chez FOSPHA sont à ciel ouvert. Les cercueils sont exposés à même le trottoir (j'avoue avoir été choquée quand j'ai vu un petit cercueil d'à peine 1 mètre). Les menuisiers qui fabriquent et vendent ces cercueils les utilisent comme bancs pour la pause de midi. Avec le contexte qui prévaut ici, certains ont même construit des maisons dans les cimetières. D'autres y jouent au foot (ben oui, un grand espace avec du gazon…) Les enfants n'ont pas peur de se promener le soir dans les cimetières.
Les jeunes meurent autant que les vieux et les causes sont diverses, rarement précises (pas de CSI/experts ici) et souvent étranges « il était malade, on l'a ensorcelé, sa maison a brulé, un accident de voiture en ville, il était à l'hôpital, les militaires ont cambriolé sa maison, il a mangé des feuilles de courge mal préparées (croyez le ou non ça peut être fatal) parce que c'est tout ce qu'il y avait à manger, il est tombé dans le puits perdu (il creusait des latrines et est tombé dedans), il s'est noyé dans le fleuve en allant se laver etc. ».
La mort ici fait ouvertement partie de la vie de tous les jours, elle est un peu crainte mais sa présence est acceptée comme naturelle et inévitable, au même titre que la pluie ou le soleil. On ne la contourne pas parce qu'on sait qu'elle sera toujours là et de toutes façons on a rarement les moyens de lutter contre elle. Les soins de qualité et les médicaments coutent cher. Pour vous donner un exemple les bronchites de Laura nous coutent en moyenne 95$ (si elle est hospitalisée ça va jusqu'à 900$) et en plus je suis remboursée et un Kinois gagne à peine 3$ par jour si il a de la chance. C'est vrai que ce sont des extrêmes mais ce sont des situations extrêmes que vivent les gens ici. C'est peut être pour ça qu'ils se marrent souvent en regardant des films d'horreur qui moi m'empêchent de dormir pendant des nuits et des nuits. Espérance de vie Mortalité infantile RDC 46 ans 88,6 pour mille Belgique 78,6 ans 4,68 pour mille Source : populationdata.net
mercredi 15 octobre 2008
MONEYPULATION




Il était une fois un fleuve. Autour s'étendaient sur des milliers de kilomètres, des royaumes, de l'océan Atlantique au lac Tanganyika. A l'époque la terre était abondante et accessible à tous. Tout le monde vivait dans la paix. Un jour des colons arrivèrent la bible en main et quand ils se rendirent compte que les sous sols regorgeaient de minéraux : des diamants, de l'or, du cuivre, du coltan et de l'uranium (Et oui ! savez vous que le coltan dans votre GSM vient très probablement du Congo ? et que les bombes nucléaires de Hiroshima et Nagasaki ont été fabriquées avec de l'uranium venu du Congo ?) que les forets étaient riches en bois précieux et en caoutchouc et que le fleuve était capable de fournir de l'électricité ; ils dirent aux indigènes de se mettre à genoux et de fermer les yeux. Lorsque ces derniers ouvrirent les yeux, ils avaient la bible et les colons avaient leur pays. Les colons utilisèrent les indigènes pour tirer tout ce qu'ils pouvaient comme richesse et envoyer ces ressources à leur bon roi Léopold II. Les indigènes étaient des nègres alors ils pouvaient être « chicottés » à volonté et si ils ne récoltaient pas assez de caoutchouc, on coupait la main et voilà, ça leur servira de leçon (à ce titre je vous conseille de lire « Les fantômes du roi Léopold ») ! Les blancs créèrent des villes aux noms tordus : Léopoldville, Elizabethville ou pire Costermansville . Dans ses villes ils s'assurèrent qu'ils habiteraient les parties les plus agréables et construisirent des maisons exactement comme chez eux… Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César. Ils ont aussi crée des infrastructures (des routes, des hôpitaux, des écoles etc.) et même des centres de recherches qui ont eu à l'époque un rayonnement mondial. Selon un documentaire que j'ai vu (« L'origine du Sida »). C'est dans un de ces centres de recherches où on faisait des essais sur les singes qu'aurait pris origine le virus du Sida- quand à savoir si c'est vrai... Ils ont aussi permis à certains indigènes d'étudier et de devenir « civilisés » (mais pas trop hein ! chacun sa place !) et ils ont électrifié une partie du pays. Enfin, leur spécialité, ils ont mis en place une administration d'une bureaucratie dont ils avaient seuls le secret.
Mais les temps changèrent car rien n'est éternel dans ce bas monde et un certain Patrice Lumumba réussi à arracher l'indépendance du Congo des mains du roi Baudoin. Patrice Lumumba avait peut être trop d'idéaux et surtout, ses opinions étaient trop communistes au goût des puissances occidentales et plus particulièrement des USA. Il fut donc lâchement assassiné (Voyez le film « Lumumba ») et c'est ainsi que fut mis en place Mobutu, marionnette aux mains de ces puissances. Mobutu a commis pratiquement tous les crimes imaginables : assassinats, détournement de fonds, trafic, dictature, emprisonnement arbitraire, muselage de la presse, torture et culte de la personnalité (à ce titre je vous conseille l'excellent documentaire « Mobutu roi du Zaïre »). Durant cette période, très peu d'infrastructures ont été crées. La population des villes a augmenté sans pour autant que les infrastructures suivent. Pendant ce temps, Mobutu recevait de l'argent à blanchir des nébuleuses occidentales, des entreprises exploitaient les minerais et Mobutu se construisait des châteaux en Europe et massacrait les étudiants qui manifestaient pour leurs droits. En grand démagogue il lui arrivait de passer dans la rue et de distribuer des billets et certains se souviennent avec nostalgie de cette époque « où l'argent circulait ». Au Rwanda voisin, en 1994, a lieu le génocide et des centaines de milliers de Rwandais fuient vers le Zaïre, certain traverseront le pays jusqu'à Kinshasa (quelques livres que je vous conseille « La danse du Léopard », « Shake hands with the devil » et « We wish to inform you that tomorrow we will die with our families »). Les victimes comme les bourreaux, les tristement célèbres Interahamwe se réfugient ainsi dans les forets de l'est du pays. Mais encore une fois les choses changent et l'occident cynique laisse tomber Mobutu malade, attaqué par l'AFDL de Laurent Désiré Kabila (le père du fils), une alliance entre l'Ouganda, le Rwanda et Kabila qui prend alors le pouvoir. Mobutu meurt seul au Maroc. Tout comme Lumumba, Kabila père a des idéaux mais il est plus radical et du jour au lendemain, le désordre redevient l'ordre, il dirige le pays d'une main de fer. Mais aux yeux des occidentaux, son plus grand crime est d'avoir « fermé le robinet » (ses propres mots). Il a viré le FMI et consort et s'est tourné vers les chinois (qui a peur du grand méchant chinois ? C'est pas nous !). Kabila père savait que le Congo (le pays avait changé de nom entre temps) n'avait pas besoin d'aide au développement. Le Congo a plus de ressources que n'importe quel pays mais c'est là son malheur. Bien sur les nébuleuses occidentales n'ont pas apprécié et Kabila père a rapidement été assassiné. Il faut dire qu'il avait également réussi à se mettre à dos le Rwanda et l'Ouganda qui avaient espéré un morceau du gâteau (Encore un bon documentaire à ce sujet « L'Afrique en morceaux »). Vous vous souvenez de la manière dont les médias en Europe (hors Congo) décrivaient Kabila père ? Un despote fou, assoiffé de sang qui avait osé interdire le port de la minijupe !… Ici il est perçu comme un sauveur de l'humanité… Méfiez vous des médias… Son erreur ? Refuser les pressions du FMI et de la Banque Mondiale, refuser de s'endetter davantage auprès des puissances occidentales, refuser de laisser exploiter les richesses nationales …
C'est ainsi que le Congo s'est retrouvé au fond du gouffre, déchiré par des conflits les plus atroces, qui ont fait régner l'anarchie la plus totale. Tout particulièrement à l'Est du pays où les incursions du Rwanda se multiplient sous prétexte de rattraper les Interahamwe qui eux s'enfonçaient de plus en plus dans la jungle et continuent à faire ce qu'ils ont toujours fait, piller, violer, tuer. Les groupes armés se sont ainsi multipliés, des Mai-Mai aux Interahamwe en passant par les « Rastas » (rien à voir avec les Rastafaris). Le plus tristement célèbre est le CNDP de Laurent Nkunda qui prétend vouloir protéger le peuple Banyamulenge (un peuple originaire du Rwanda mais vivant au Congo depuis des siècles). Et à qui profite le crime ? Pendant que tout le monde se bat, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les entreprises minières internationales continuent à discrètement exploiter les sous sols et profitent de ce chaos. Je suis de plus en plus convaincue que ce sont ces grandes multinationales qui entretiennent la situation de conflit dans l'est du Congo (et oui, chaque fois que vous achèterez un téléphone portable, pensez à ces femmes qui se font violer au Kivu). Certaines ont même utilisé des hélicoptères peints aux couleurs de la MONUC (La mission des Nations Unies) pour ravitailler ces groupes armés. Chose dont témoignent de nombreux congolais qui ont réussi à s'échapper des mains des groupes armés. Et la MONUC dans cette affaire ? C'est la plus grosse mission de maintien de la paix au monde, 17000 hommes sur équipés et surentraînés… et vous allez me dire qu'ils sont incapables d'arrêter des groupes de rebelles ? Savez vous ce que ce disent certains employés de la MONUC à voix basse ? « No Nkunda, No Jobs ». La Monuc se cache derrière ses mandats et n'a pour finalité que d'exister.
Et à l'Ouest du pays, les politiciens véreux vivent dans des villas climatisées avec piscine et roulent dans d'immenses 4x4 aux vitres fumées. Il viennent parler leur « gros français » à la télé, prônent l'amour de la patrie mais envoient leurs famille à l'étranger dès qu'ils en ont les moyens. Ils s'offusquent quand Karel DeGucht s'énerve que les millions d'euros que verse la Belgique n'aient pas d'impact sur la population. J'espère que vous vous rendez compte que c'est vous contribuables belges qui financez ces 4x4 et ces villas car ce sont entre autres vos impôts qui contribuent à l'aide publique au développement de la DGCD (le gouvernement belge koa). Même si le chef de la diplomatie belge a manqué (une fois de plus) de diplomatie, il a raison.
De toutes manières, Kabila fils s'est comme son père tourné vers la Chine et maintenant le sujet hot c'est « Les 5 Chantiers ». A mon avis le plus ardu de ces chantiers sera le changement de mentalité. Une population qui a vécu de la débrouille dans l'anarchie depuis plus d'une génération doit à présent acquérir de nouvelles valeurs et modes de fonctionnement.
Contrairement à ce qu'on a souvent essayé de faire croire, les conflits au Congo ne sont pas tribaux ou ethniques (c'est toujours facile de dire qu'en Afrique dès qu'ils ont des armes ils s'entretuent à cause du tribalisme). Ces conflits sont purement économiques ils suffit de creuser un peu pour comprendre qui tire les ficelles.
Mais même si chaque jour j'ai ma dose de frustration, j'ai de l'espoir pour ce pays.
Ci dessous une petite vidéo qui date un peu quand meme sur le coltan:
vendredi 20 juin 2008
PIMP MY RIDE



Normalement, aujourd'hui je comptais parler un peu de la petite ONG locale où je travaille (FOSPHA) mais réflexion faite, il faut d'abord que je vous parle de comment j'arrive de la maison jusqu'à FOSPHA. Comme on n'a pas de voiture (et oui, à la guerre comme à la guerre) je me tape au moins trois fois par semaine 3h de taxi. Et il ne s'agit évidemment pas de taxis verts ou bleus. Les taxis ici c'est la STUC (comme « stuck » en Anglais ? un nom tout à fait approprié) dont la devise est Confort et Sécurité… je ne peux m'empêcher de détecter une pointe d'ironie là dedans. En fait pour faire simple, les questions à se poser sont : est ce que ce truc peut m'amener de A à B ? Et ce que j'y arriverais plus vite qu'à pied ? (Encore que ce deuxième paramètre n'entre pas toujours dans l'équation). Du moment qu'il y a 4 roues et un moteur la réponse est OUI. C'est comme si toutes les voitures, minibus et camionnettes qui n'ont jamais eu la moindre chance de réussir un contrôle technique chez vous étaient ici transformés en taxi. Pour les minibus ça va encore puisqu'ils sont à la base conçus pour transporter des passagers mais pour les camionnettes qui n'ont pas de banquettes, on y cloue tout simplement des rangées de bancs en bois fabrication locale et voilà le transport en commun ! C'est comme ça qu'on voit ici de camionnettes BELGACOM, SUZE- PASTIS 51 ou d'autres sociétés genre nettoyage de tapis, travaux de bâtiments etc. .
Et bien sur, il y a toujours de la place même si vous n'avez qu'une demi fesse qui touche le siège on vous demandera de bouger. Vu l'état lamentable des véhicules, il n'est pas rare qu'ils tombent en panne en plein milieu de la route, et là tout le monde descend et attend un autre taxi. Kinshasa étant surpeuplée et n'ayant pas assez de routes, les embouteillages sont pires qu'à Bruxelles. Le matin tout le monde va de la périphérie vers le centre et les gens se battent littéralement pour rentrer dans les taxis (dès que le taxi arrive et avant qu'il ne s'arrête pour laisser descendre les gens, ceux qui veulent y monter s'agrippent au véhicule et l'escaladent pour rentrer par la « fenêtre » (« fenêtre » parce que la plupart du temps c'est un gros hublot découpé dans le métal de la camionnette). Heureusement pour moi, je fais l'inverse, j'habite plutôt dans le centre et je travaille à la périphérie et en plus je suis pote avec les types qui appellent les clients donc je n'ai pratiquement jamais de problèmes.
Le système des taxis est plus ou moins le même que dans les pays d'Afrique de l'Est que je connais. Mais il existe ici beaucoup plus de nuances. Par exemple le prix de la course varie en fonction du type de véhicule (c'est plus cher si c'est une simple voiture, ben oui c'est un peu plus confortable et ça va un peu plus vite) en fonction de l'heure (plus cher aux heures de pointes) et de la distance. Pour arrêter les taxis, les Kinois ont un langage de signe. La main tournée vers la droite qui va de bas en haut (un peu comme si on serrait la main de quelqu'un) signifie tout droit sur cette avenue. L'index pointé vers le bas comme pour montrer ses pieds signifie je vais tout près J (mais il fait trop chaud et j'ai mal au pieds). L'index pointé vers le bas mais qui dessine un cercle signifie direction Rond Point Victoire. Il y a encore d'autres signes que je ne maîtrise pas encore mais les gens sont toujours ravis de m'apprendre.
Donc une fois assise ; dans un minibus, il faut soit s'asseoir à coté du chauffeur (même si là on risque d'être délogé par un militaire qui doit s'asseoir là lorsqu'il est en tenue) ou alors au deuxième rang. Il faut à tout prix éviter le premier rang parce que souvent le moteur chauffe tellement qu'on risque de se brûler les jambes et le rang du fond parce qu'on y étouffe de chaleur ; de préférence coté fenêtre (même si l'air est tellement pollué qu'on respire que du gaz d'échappement, mais bon on a le choix entre deux parfums « Mélange d'eaux de transpi » ou « CO2 » ) je peux enfin regarder les Kinois dans leur vie quotidienne. Le plus intéressant ce sont les noms qu'ils donnent à leur taxis, certains ne sont pas très originaux « Champion » « Homme Fort » ou « L'homme honnête » d'autres font référence à la religion « Jeremie 19-1 et 2 » « Jean 23 » (le deuxième fait référence à un pape… pour les incultes) ou encore « La surprise de Dieu », « Mon Dieu est plus que vainqueur », « Toute arme forgée contre moi sera sans effet » (Celui là prenait la moitié du pare-brise) « Chico Saint Esprit » d'autres sont encore plus intéressants « Eddie Merphy » (et je sais comment on écrit Murphy) « Bill Clinton » ou mystérieux « Frappe encore » « Bic Rouge » (????) « Code Pin » ou font référence à la guerre « Tango Fort » (Nom de guerre d'un général).
Quand on sort d'un taxi, on n'a généralement qu'une seule envie c'est de se laver (le mélange gaz d'échappement d'essence de mauvaise qualité, chaleur, humidité, poussière et échange de transpiration avec inconnus n'est pas ce qu'il y a de plus agréable). J' « admire » toujours certains kinois qui se baladent en costume trois pièces et qui sortent des taxis sans un pli à leur costume alors que moi…
Voilà, alors arrêtez de râler contre la STIB qui a 20 minutes de retard. Vous avez des bus climatisés, numérotés, classés, contrôlés, et impersonnels….
